Des chercheurs suisses ont mis au point un acier capable de refermer les fissures dans le béton lorsqu’il est chauffé. Cette innovation pourrait renforcer les ponts vieillissants et réduire fortement la durée des travaux. Une question se pose alors : une telle technologie aurait-elle pu éviter les longues rénovations du viaduc de Vilvorde ?
Les automobilistes qui circulent sur le Ring de Bruxelles connaissent bien la situation : voies réduites, limitation à 50 km/h et embouteillages quasi quotidiens.
La rénovation du viaduc de Vilvorde est aujourd’hui le plus grand chantier de pont routier jamais entrepris en Belgique.
Quelques chiffres clés :
Longueur du pont : 1,7 km
Début des travaux : août 2023
Fin prévue : été 2031
Durée totale : 8 ans
Coût estimé : environ 500 millions d’euros
Construit entre 1974 et 1977, le viaduc avait été conçu pour une durée de vie d’environ 100 ans. Mais la réalité du trafic – jusqu’à 180.000 véhicules par jour – a accéléré son vieillissement.
Les problèmes constatés :
Corrosion du béton
Fissures structurelles
Présence d’amiante
Fatigue des matériaux
À partir de 2027, certaines parties du pont devront même être fermées temporairement pour permettre la poursuite des travaux.
Des chercheurs de l’institut suisse Empa ont développé un matériau appelé acier à mémoire de forme (Fe-SMA).
Le principe est relativement simple :
Des barres d’acier sont placées dans la structure en béton
Elles sont chauffées à environ 200 °C
Le métal se contracte et retrouve sa forme initiale
Cette contraction crée une tension dans le béton
Les fissures se referment automatiquement
En d’autres termes, la structure du pont peut se resserrer et renforcer le béton existant, un peu comme si l’ouvrage cicatrisait lui-même.
Les essais réalisés sur des dalles de pont ont montré des résultats impressionnants :
Structures deux fois plus résistantes
Meilleure rigidité face aux charges du trafic
Fermeture visible des fissures existantes
Contrairement aux techniques traditionnelles, cette méthode ne nécessite pas de lourds équipements hydrauliques pour mettre la structure sous tension.
Cette innovation n’est pas restée au stade expérimental.
Une entreprise issue de l’Empa, re-fer AG, commercialise déjà cette technologie.
Plus de 500 projets ont été réalisés en Suisse et en Europe.
Elle a notamment été utilisée pour renforcer un pont tchèque vieux de 113 ans.
Pour la Belgique, les enjeux sont importants. De nombreux ponts devront être rénovés dans les prochaines années, notamment dans le cadre du programme flamand de rénovation des infrastructures.
Si cette technologie permettait de renforcer certains ouvrages sans devoir les démolir puis les reconstruire, les bénéfices pourraient être considérables :
Réduction de la durée des chantiers
Diminution des coûts de rénovation
Moins d’embouteillages pour les automobilistes
Le viaduc de Vilvorde est probablement trop endommagé pour être sauvé uniquement par ce procédé. Mais pour de nombreux autres ponts en Wallonie et en Flandre, cet acier intelligent pourrait offrir une alternative plus rapide et plus économique.
Les infrastructures routières belges vieillissent et nécessitent des investissements massifs.
Des innovations comme l’acier à mémoire de forme pourraient permettre de prolonger la durée de vie des ponts tout en réduisant les perturbations pour les usagers.
Pour les automobilistes, cela pourrait surtout signifier moins de chantiers interminables… et donc moins d’heures passées dans les embouteillages