Écrans centraux géants, commandes tactiles, boutons haptiques… Les habitacles automobiles ont profondément changé en quelques années. Mais cette modernisation a un revers : la sécurité et l’ergonomie reculent, selon une étude récente de l’ADAC, l’un des plus grands clubs automobiles d’Europe.
Régler la ventilation, changer une station de radio ou ajuster un paramètre de conduite demande aujourd’hui bien plus qu’un simple geste. Là où un bouton physique pouvait être actionné sans quitter la route des yeux, l’écran tactile impose :
une navigation dans des menus
une recherche visuelle
une confirmation à l’écran
Selon l’ADAC, ces micro-interactions multiplient les moments d’inattention. Le danger est accentué lorsque :
l’interface réagit lentement
l’écran devient illisible à cause des reflets
une mise à jour modifie la structure des menus sans prévenir
L’association pointe un paradoxe troublant : l’usage du smartphone au volant est interdit, mais celui de l’écran tactile embarqué — tout aussi distrayant — reste autorisé.
L’ADAC évalue systématiquement l’ergonomie des commandes lors de ses tests. Particularité de son barème :
note basse = bonne ergonomie
note élevée = mauvaise performance
L’évolution est parlante :
2019 : moyenne de 2,3 (bon niveau)
2025 : moyenne de 2,6 (simplement satisfaisant)
Cette dégradation est attribuée :
à la généralisation des écrans tactiles
aux commandes haptiques, notamment sur le volant
à une priorité donnée au design plutôt qu’à l’usage réel
Selon l’ADAC, l’argument selon lequel ces interfaces seraient plus intuitives car inspirées des smartphones est trompeur. En réalité, l’écran tactile est surtout moins coûteux à produire que des commandes mécaniques nécessitant plus d’assemblage.
Depuis janvier, l’Euro NCAP intègre désormais l’ergonomie dans l’évaluation globale de la sécurité des véhicules.
Pour obtenir une bonne note :
les fonctions essentielles doivent être immédiatement accessibles
cela concerne notamment :
essuie-glaces
feux de détresse
feux et dégivrage
les commandes tactiles au volant doivent être clairement différenciées
le véhicule doit surveiller l’attention du conducteur et l’alerter après 3 à 4 secondes de regard détourné
L’ADAC juge toutefois ces avancées insuffisantes. L’organisme plaide pour :
des règles imposant des commandes utilisables à l’aveugle
une meilleure intégration des commandes vocales
un encadrement plus strict de la digitalisation des habitacles
En attendant une évolution des normes, l’ADAC recommande aux automobilistes :
de tester l’ergonomie lors de l’achat
d’effectuer un maximum de réglages à l’arrêt
de se familiariser avec les commandes vocales
La technologie embarquée ne remplace pas la vigilance. En formation à la conduite, apprendre à anticiper les distractions et à configurer son véhicule avant de prendre la route fait désormais partie intégrante d’une conduite sûre.